J'ai passé beaucoup de temps hors de la maison de mes parents.
A 13 ans, pour un mauvais carnet de notes, je prenais un billet dans la gueule, accompagné d'un élégant "va bouffer chez MacDo, je ne veux pas te voir aujourd'hui". J'allais donc voir mon copain Ronald, puis j'allais traîner en ville, au café en hiver, sur la place principale en été.
Comme je traînais au café, je finissais par picoler un peu, un Baileys par-ci, par-là, des alcools bonbons, faits pour les enfants.
Le jour où je me suis aperçue que je rentrais bourrée à la maison 3 fois par semaine à 5 heures de l'après-midi, je suis passée à l'orange pressée....Mais jamais on n'a senti mon haleine, jamais on ne m'a posé une seule question. Il m'est arrivé de mentionner que j'avais bu du champ' dans un bar, c'était un non-évènement.
J'écris pour comprendre ce que je ne comprendrai jamais, maintenant que je suis mère. Comment ai-je pu être aussi soignée (fringues, cours particuliers, orthodentiste, kiné, vacances) et en même temps aussi négligée? J'ai pensé pendant des années qu'il s'agissait d'un choix éducatif, celui d'une grande liberté, mais je me demande aujourd'hui si je n'ai pas confondu liberté et indifférence.
samedi 22 décembre 2007
jeudi 13 décembre 2007
Esprit de Noël?
Tous les Noël de mon enfance ont été un jeu de massacre.
C'est tellement facile, un peu de tension familiale, une soirée qui est censée être celle d'un partage, un moment où on baisse les armes, les gens sont plus vulnérables. Alors pourquoi se priver d'un plaisir aussi facile?
Les Noël ou nous la suppliions de redescendre à table avec les invités, alors qu'elle se mettait au lit en larmes.
Quand elle était à table, elle ne répondait qu'avec mépris aux convives.
Cette petite bouche tordue devant les cadeaux qu'elle reçoit.
Tous les Noël depuis mon enfance je pleure.
Depuis des années, je ne passais plus Noël chez mes parents, mais chez mes beaux-parents.
Depuis 2 ans, je suis obligée d'y retourner, avec leurs règles. Ce qui donne la chose suivante, qui finalement a le mérite de mettre à jour le mode de fonctionnement de ma chère famille.
- Pas d'échange de cadeaux (mon plouc de beauf ne supporte pas les fêtes, il a eu une enfance difficile dans des montagnes insignifiantes, et apparemment le fait de sauter ma soeur lui donne des privilèges). J'ai cependant négocié un passage de père Noël pour mes deux enfants de moins de 5 ans. Accordé, quelle chance!
- Royale, ma mère m'a proposé de faire faire un virement par mon père. Chaleur, générosité, temps passé à choisir le cadeau, tout ce que j'adore.
-On est quand même en tenue de soirée (je suis la seule en robe de cocktail, je refuse de porter une robe longue pour cette occasion). La vulgarité sentimentale est toujours accompagnée d'une certaine classe vestimentaire, old familial tradition.
Nous sommes donc ensemble car c'est Noël, déguisés en pingouins pour les hommes, pintades pour les femmes, mais nous ne pouvons célébrer une fête familiale pour cause de Monsieur Bof, il y a un sapin prétentieux, mais seuls 2 cadeaux pour mes enfants dessous, du foie gras et des sous-entendus insupportables. Monsieur Père parlera du temps, ravi d'avoir rassemblé sa "famille", Madame Mère le regardera d'un air dégoûté.
J'ai annoncé à mon père que je lui ferai cadeau du reçu fiscal déductible du don que je ferai à l'association caritative de mon choix, pour le montant de son cadeau.
En y pensant, je crois que je vais faire un don à une association de prostituées séropos, ou d'aide aux sans-papiers, un truc un peu trash, ce sera parfait pour un UMP mou du genou qui se donne le frisson en votant Bayrou. Bon, je me mets à la recherche d'une assoce de sans papiers travestis seropos, afin de contribuer à leurs futures opérations. Mon petit papa va adorer, et puis ça nous fera un sujet de conversation autour du foie gras.
C'est tellement facile, un peu de tension familiale, une soirée qui est censée être celle d'un partage, un moment où on baisse les armes, les gens sont plus vulnérables. Alors pourquoi se priver d'un plaisir aussi facile?
Les Noël ou nous la suppliions de redescendre à table avec les invités, alors qu'elle se mettait au lit en larmes.
Quand elle était à table, elle ne répondait qu'avec mépris aux convives.
Cette petite bouche tordue devant les cadeaux qu'elle reçoit.
Tous les Noël depuis mon enfance je pleure.
Depuis des années, je ne passais plus Noël chez mes parents, mais chez mes beaux-parents.
Depuis 2 ans, je suis obligée d'y retourner, avec leurs règles. Ce qui donne la chose suivante, qui finalement a le mérite de mettre à jour le mode de fonctionnement de ma chère famille.
- Pas d'échange de cadeaux (mon plouc de beauf ne supporte pas les fêtes, il a eu une enfance difficile dans des montagnes insignifiantes, et apparemment le fait de sauter ma soeur lui donne des privilèges). J'ai cependant négocié un passage de père Noël pour mes deux enfants de moins de 5 ans. Accordé, quelle chance!
- Royale, ma mère m'a proposé de faire faire un virement par mon père. Chaleur, générosité, temps passé à choisir le cadeau, tout ce que j'adore.
-On est quand même en tenue de soirée (je suis la seule en robe de cocktail, je refuse de porter une robe longue pour cette occasion). La vulgarité sentimentale est toujours accompagnée d'une certaine classe vestimentaire, old familial tradition.
Nous sommes donc ensemble car c'est Noël, déguisés en pingouins pour les hommes, pintades pour les femmes, mais nous ne pouvons célébrer une fête familiale pour cause de Monsieur Bof, il y a un sapin prétentieux, mais seuls 2 cadeaux pour mes enfants dessous, du foie gras et des sous-entendus insupportables. Monsieur Père parlera du temps, ravi d'avoir rassemblé sa "famille", Madame Mère le regardera d'un air dégoûté.
J'ai annoncé à mon père que je lui ferai cadeau du reçu fiscal déductible du don que je ferai à l'association caritative de mon choix, pour le montant de son cadeau.
En y pensant, je crois que je vais faire un don à une association de prostituées séropos, ou d'aide aux sans-papiers, un truc un peu trash, ce sera parfait pour un UMP mou du genou qui se donne le frisson en votant Bayrou. Bon, je me mets à la recherche d'une assoce de sans papiers travestis seropos, afin de contribuer à leurs futures opérations. Mon petit papa va adorer, et puis ça nous fera un sujet de conversation autour du foie gras.
Le suicide
Un thème très récurrent pour ma chère mère.
Que faire quand les gens se laissent aller à vivre leur vie sans être concentrés sur votre petite personne? Un chantage au suicide, pardi! Facile, dramatique, aucune chance de se blesser, on se retrouve au centre de l'attention en un rien de temps et pour longtemps. On observe les chuchotements de ses enfants ("tu crois que ça lui fait quoi une boîte de tranquilisants?") qui appellent le médecin de famille en douce pour connaitre les effets des médicaments que l'on serait susceptible d'avaler, notre mari rentre un peu plus tôt du bureau, bref , que des bénéfices.
Mon premier souvenir précis date de mes 9 ans. Je rentre dans la cuisine de notre luxueux duplex, et je vois Madame avec un couteau sur le poignet. Je ne me souviens pas avoir posé une question, mais je me souviens de son discours : "tu sais, je ne veux plus vivre depuis longtemps, ton père ne m'aime pas, je ne reste en vie que parce que je ne veux pas vous donner le mauvais exemple d'une mère suicidée et que j'ai le sens des reponsabilités".
Le contexte donne tout son sens à cette scène. La femme qui parle a moins de 40 ans, elle est belle, à l'exception d'un détail de son visage, elle élève ses deux anges blonds dans un bel appartement équipé de moultes terrasses dans une ville européenne agréable, ville dans laquelle son haut fonctionnaire de mari est posté. L'époux en question aime sa femme, plus que tout, il la choye, l'écoute, la respecte, cède à ses caprices. Elle brille en société, est une hôtesse brillante, parle 5 langues, a une réputation d'intello, ses parents son en bonne santé, ses filles ont de bonnes notes, ne mettent pas le doigt dans leur nez (en public du moins, ce blog est anonyme, je peux être franche :p), elle conduit sa voiture qui a un surnom débile donné par la famille. Bref, cette femme qui vit dans une grande sécurité matérielle et affective explique à sa fille de 9 ans que ce n'est pas parce qu'elle l'aime qu'elle ne veut pas se suicider. Non, non, c'est parce qu'elle a le sens du devoir qu'elle reste en vie.....Voilà peut-être pourquoi je n'ai que rarement fait mes devoirs depuis ce jour?
Hier, ma mère m'a reparlé de son suicide. J'ai réussi à lui dire que je serai fière d'annoncer à mes enfants que leur grand-mère ne les aimait pas assez pour continuer à les voir. Evidemment, elle a été outrée par mes propos. Mettre des mots sur des comportements obscènes, voilà ce que je fais depuis des années, voilà comment j'ai survécu, voilà comment je me fais haïr de ma famille.
Que faire quand les gens se laissent aller à vivre leur vie sans être concentrés sur votre petite personne? Un chantage au suicide, pardi! Facile, dramatique, aucune chance de se blesser, on se retrouve au centre de l'attention en un rien de temps et pour longtemps. On observe les chuchotements de ses enfants ("tu crois que ça lui fait quoi une boîte de tranquilisants?") qui appellent le médecin de famille en douce pour connaitre les effets des médicaments que l'on serait susceptible d'avaler, notre mari rentre un peu plus tôt du bureau, bref , que des bénéfices.
Mon premier souvenir précis date de mes 9 ans. Je rentre dans la cuisine de notre luxueux duplex, et je vois Madame avec un couteau sur le poignet. Je ne me souviens pas avoir posé une question, mais je me souviens de son discours : "tu sais, je ne veux plus vivre depuis longtemps, ton père ne m'aime pas, je ne reste en vie que parce que je ne veux pas vous donner le mauvais exemple d'une mère suicidée et que j'ai le sens des reponsabilités".
Le contexte donne tout son sens à cette scène. La femme qui parle a moins de 40 ans, elle est belle, à l'exception d'un détail de son visage, elle élève ses deux anges blonds dans un bel appartement équipé de moultes terrasses dans une ville européenne agréable, ville dans laquelle son haut fonctionnaire de mari est posté. L'époux en question aime sa femme, plus que tout, il la choye, l'écoute, la respecte, cède à ses caprices. Elle brille en société, est une hôtesse brillante, parle 5 langues, a une réputation d'intello, ses parents son en bonne santé, ses filles ont de bonnes notes, ne mettent pas le doigt dans leur nez (en public du moins, ce blog est anonyme, je peux être franche :p), elle conduit sa voiture qui a un surnom débile donné par la famille. Bref, cette femme qui vit dans une grande sécurité matérielle et affective explique à sa fille de 9 ans que ce n'est pas parce qu'elle l'aime qu'elle ne veut pas se suicider. Non, non, c'est parce qu'elle a le sens du devoir qu'elle reste en vie.....Voilà peut-être pourquoi je n'ai que rarement fait mes devoirs depuis ce jour?
Hier, ma mère m'a reparlé de son suicide. J'ai réussi à lui dire que je serai fière d'annoncer à mes enfants que leur grand-mère ne les aimait pas assez pour continuer à les voir. Evidemment, elle a été outrée par mes propos. Mettre des mots sur des comportements obscènes, voilà ce que je fais depuis des années, voilà comment j'ai survécu, voilà comment je me fais haïr de ma famille.
words, words words
Longtemps je n'ai pas écrit, longtemps je n'ai pas parlé. Le silence permettait de maintenir les apparences, ces apparences qui me permettaient de me sentir comme les autres, sans boule au ventre, sans ce petit animal qui gratte tes entrailles, sans cette angoisse de rentrer à la maison.
Les premiers mots sont arrivés à 12 ans, j'ai passé 3 mois loin de chez mes parents. Ils ont provoqué la stupéfaction puis une grande empathie.
Les seconds mots ont été ceux d'un homme qui m'a un jour dit que j'étais quelqu'un de bien, et que ma famille ne le réalisait pas. J'avais 16 ans et j'avais fait une fugue de 3 heures (niveau élevé de délinquance, je m'étais payée une toile sans prévenir).
Les mots échangés avec mon analyste depuis des années coulent et me font un bien fou.
J'étais une pauvre petite fille riche, les mots ont fait de moi une survivante, et une femme moins riche mais équilibrée.
Ce blog est anonyme car je pense y déverser de la haine. Je suis lisse, souriante, charitable, bonne mère et bonne épouse, serviable. Je garde ma haine pour ma mère. Ce sera ici que je la cracherai, en vrac, quand ça me prendra...Que faire de tout ce venin?
Les premiers mots sont arrivés à 12 ans, j'ai passé 3 mois loin de chez mes parents. Ils ont provoqué la stupéfaction puis une grande empathie.
Les seconds mots ont été ceux d'un homme qui m'a un jour dit que j'étais quelqu'un de bien, et que ma famille ne le réalisait pas. J'avais 16 ans et j'avais fait une fugue de 3 heures (niveau élevé de délinquance, je m'étais payée une toile sans prévenir).
Les mots échangés avec mon analyste depuis des années coulent et me font un bien fou.
J'étais une pauvre petite fille riche, les mots ont fait de moi une survivante, et une femme moins riche mais équilibrée.
Ce blog est anonyme car je pense y déverser de la haine. Je suis lisse, souriante, charitable, bonne mère et bonne épouse, serviable. Je garde ma haine pour ma mère. Ce sera ici que je la cracherai, en vrac, quand ça me prendra...Que faire de tout ce venin?
Inscription à :
Articles (Atom)